Carrelets face à l’océan sur le littoral charentais

Patrimoine · Histoire

Une histoire tournée
vers l’océan.

Avant d’être une cabane familière du paysage charentais, le carrelet est un filet, un geste et une manière de lire l’eau.

Aux origines

Le carrelet est d’abord un filet carré.

Son nom ne désigne pas, à l’origine, la cabane sur pilotis mais une nappe de filet suspendue à deux arceaux croisés. On la plonge horizontalement, puis on la relève pour capturer les poissons qui passent au-dessus.

Cette pêche de hasard s’est adaptée aux rivages, aux estuaires et aux fleuves. Le même principe a donné naissance à des formes portatives, embarquées et fixes.

Pêcheurs manœuvrant autrefois des carrelets depuis une rive
Le filet portatif, à l’origine d’un geste séculaire.

Un mot ancien

Des textes aux premiers témoignages.

La fiche nationale du patrimoine culturel immatériel situe la pratique avant le XVIIe siècle. En 1694, le premier dictionnaire de l’Académie française emploie « quarrelet » pour désigner à la fois un poisson plat et un filet de pêche.

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert décrit en 1751 un filet carré d’environ six pieds de côté. Quelques années plus tard, Duhamel du Monceau détaille les arceaux, la perche et même une forme de carrelet utilisée depuis un bateau.

Du rivage au paysage

Quand le geste devient architecture.

XVIIIe siècle

Une pêche mobile et proche du bord

Le pêcheur porte ou manœuvre le filet au bout d’une perche, dans des eaux peu profondes. Le dispositif existe aussi sur de petites embarcations.

Fin XIXe siècle

La mécanisation du relevage

Pour éviter d’entrer dans l’eau et gagner en force, le carrelet portatif se fixe progressivement. Mâts, poulies et moulinets apparaissent sur certains points de la façade atlantique.

Après 1918

Les premières plateformes de loisir

Autour de Royan et de Saint-Palais-sur-Mer, de petites passerelles conduisent à des plateformes simples qui portent le mât et le filet.

Entre-deux-guerres

Le temps libre change le littoral

Avec les bains de mer puis les congés payés, la pêche au carrelet se popularise. Elle devient une pratique familiale et conviviale.

Après 1950

La cabane s’installe dans le paysage

Les plateformes se complètent d’abris en bois. Les carrelets ponctuent alors durablement la côte de Charente-Maritime et les deux rives de l’estuaire de la Gironde.

Aujourd’hui

Un patrimoine toujours pratiqué

Le carrelet reste un lieu de pêche, de transmission et d’observation du milieu. Depuis 2021, la pratique sur l’arc atlantique figure à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel.

Entre terre et mer

Une pratique réglée par l’océan.

La marée

Elle décide des accès, des heures de pêche et de la profondeur disponible sous le filet.

Le hasard

Le filet travaille sans poursuivre le poisson : il attend son passage, puis se relève d’un seul geste.

Les tempêtes

Martin en 1999 et Xynthia en 2010 rappellent la fragilité des installations et la nécessité de construire avec le milieu.

La transmission

Les gestes, les réglages et la connaissance des lieux passent d’un pêcheur à l’autre, souvent en famille ou au sein des associations.